sur l'édition de la Belle époque, octobre 2012

10 Novembre 2012, 21:29pm



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          Sérigraphie éditée par "la Belle époque" et Alain Buyse.

          Texte de David Ritzinger, 23 x 15 cm, 50 exemplaires.
                                                     


Né en 1970 à Lille, vit et travaille à Lille. Après des études en impression textile, il entre aux Beaux Arts et y découvre la gravure et de nouvelles pratiques de dessin et de peinture. Sa curiosité le pousse vers toutes les formes de pratiques artistiques, avec un goût particulier pour les expériences radicales tant plastiques, que littéraires ou musicales. La sobriété apparente de son travail ne doit pas en cacher la radicalité. Car bien que sa pratique actuelle soit issue d'une longue expérimentation du dessin, elle tend désormais à dessiner le moins possible en utilisant des formes pré-existantes ou trouvées, des chutes ou des reports.
Chez lui impression et peinture viennent dans un même geste. L'impression de bois découpé (par lui ou pas) devient son mode de construction et de composition. C'est la coupe qui dessine. Par ailleurs ce qui frappe dans l'ensemble de son travail, c'est une certaine recherche d'élégance, qui pourrait passer pour une simple recherche esthétique (au sens que lui donnent les instituts de beauté). Dans cette œuvre se joue un équilibre, toujours précaire, entre le papier et les formes posées dessus. David Gommez cherche le moment où l'harmonie prend, où elle devient la plus expressive avec juste ce qu'il faut d'intervention. Il tourne, repositionne des formes de bois découpé dans l'espace de la feuille blanche, afin de leur trouver la bonne place, celle qui met la composition en tensions.
Dans ce travail de justesse, ou de déséquilibre maîtrisé, il ne conçoit pas l'impression comme un travail de perfection et d'artisanat d'art. Il aime jouer et s'approprier les accidents les imperfections. Imprimer doit rester un geste simple, un geste de la main qui encre et qui imprime. Bien que pour certains travaux il utilise une presse taille douce, tout à fait traditionnelle, il préfère bien souvent imprimer à la main (à la cuillère), ou encore au pied directement au sol. Il s'approprie ensuite, par un travail de tri, de regard, les tirages à garder selon la façon dont les défauts et imperfections s'associent. C'est le regard de l'artiste qui vient valider les bonnes épreuves, les autres disparaissent ou serviront à d'autres expérimentations.
La plupart de ces œuvres se proposent comme des multiples à peu d'exemplaires. Selon le nombre de planches validées dans une même série, chacune assume son originalité, sa légère variation dans l'ensemble. David Gommez ne cherche pas forcement à réaliser de grandes séries, préférant l'expérimentation à la production. Il est conscient que sa technique permet parfois de réaliser plusieurs exemplaires mais ce n'est jamais l'objectif premier.
Chez lui, la couleur est aussi un défi. Il glane de nouvelles encres, de nouvelles couleurs selon ce qu'il trouve au hasard de ses rencontres et pérégrinations. Lorsqu'il tombe sur une nouvelle couleur, il se met en tête de trouver le moyen de l'exploiter, et plus celle-ci est incongrue, plus le défi est grand. On trouve dans son travail des jaunes très acides, des verts peu conventionnels et toutes sortes de blancs cassés, légèrement colorés qui viennent changer les couleurs plus fortes. Lors de mon dernier passage dans son atelier j'y ai croisé des travaux en cours avec des roses « bonbon », des demi-tons acides et enfantins qu'il gère en composition ardues, qui renversent complètement les connotations de ces couleurs. L'œuvre de David Gommez est un travail précieux, sérieux et radical qui explore la forme, la couleur et la composition avec appétit, dans une vision anachronique de la création nous renvoyant à de nombreuses explorations artistiques du XX° siècle, tout en étant parfaitement contemporain.

 

Texte de David Ritzinger accompagnant l'estampe du mois d'octobre 2012
sur abonnement à la galerie "la Belle époque".


 

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